1) Philippe Douale – Gérard Collignon, vous incarnez le modèle Process Communication® (PCM) en France et dans le monde. Vous êtes le monsieur Process com. Comment est-ce arrivé ? Qu’éprouvez-vous à être devenu la référence en la matière ? (Lire aussi : La Process Communication : qu’est-ce que c’est ?)

Gérard Collignon : Je suis psychologue clinicien de formation. Dans les années 80, je m’intéressais beaucoup à l’analyse transactionnelle qui, à l’époque, n’en était qu’à ses débuts en France, et on ne trouvait pas encore d’enseignants français. J’organisais donc des séminaires avec des intervenants américains et dans ce cadre, j’ai fait venir Taibi Kahler, l’inventeur du modèle process communication®, en 1987. Il nous a envoyé cet étrange questionnaire que j’ai tout d’abord regardé avec beaucoup de circonspection. Puis j’ai été extrêmement séduit par l’homme et par son modèle. Il m’a proposé de développer celui-ci en France, et j’ai accepté. C’est ainsi, qu’à partir de 1990, je ne me suis plus occupé que de l’enseignement et de la diffusion du modèle et maintenant je ne m’occupe plus que de son développement.

Dans le monde, c’est en France que le modèle est le plus connu. Nous réalisons entre 17000 et 20000 inventaires de personnalité par an en France, c’est plus qu’aux Etats-Unis. En réalité, le modèle est encore relativement peu connu aux Etats-Unis.

J’ai consacré exclusivement ma vie professionnelle depuis 1990 au développement de la PCM. C’est sans doute la première raison du succès. La stratégie y a largement contribué également. Elle a consisté à proposer très tôt à des formateurs de se former et d’enseigner et de devenir nos clients car ils le proposent ensuite à leurs propres clients. Les formateurs nous achètent le matériel pédagogique. Le business modèle a fait ses preuves. Il y a 10 ans, nous avons créé l’adaptation du modèle pour les coachs. Depuis, nous formons et certifions les coachs.

Il existe quelques modules dans certaines universités et je suis intervenu pendant de nombreuses années à HEC-Entrepreneurs. Il existe des intervenants dans certaines grandes écoles mais l’enseignement du modèle dans les écoles et universités n’est pas encore institutionnalisé.

Actuellement, quand je regarde le niveau de développement du modèle, j’éprouve de la satisfaction car lorsque je me suis lancé dans cette aventure, ce n’était pas gagné d’avance. J’y ai cru et j’ai aussi pris des risques, en particulier des risques financiers. Quand j’ai voulu acheter les droits, je ne disposais pas des fonds nécessaires. Les banques ne voulaient pas prêter parce qu’elles n’y croyaient pas. J’ai donc décidé d’hypothéquer ma maison. Nous sommes humbles et prudents mais en même temps optimistes. Rien n’est jamais acquis mais c’est une grande satisfaction que de voir le modèle connu et reconnu. L’année dernière, en sortant d’un restaurant avec un ami, j’entends une jeune femme de 25 ans, qui disait avec beaucoup d’enthousiasme à son compagnon de table : « ces canaux de communication, c’est génial ! J’ai tout compris, travaillomane-rebelle, pourquoi c’est difficile… »

J’étais très content de me dire, je suis finalement à l’origine de cette scène. Je ne me suis pas mêlé de cette conversation et je l’ai laissée se poursuivre mais j’ai vécu cet événement comme un cadeau de la vie.

2) Philippe : votre livre « Comment leur dire… », préfacé par Taibi Kahler, l’inventeur du modèle Process com, est un best-seller. Combien avez-vous vendu d’exemplaires ? Une deuxième édition est parue en 2010, que contient-elle en plus ?

Gérard : le livre se vend à environ 10000 exemplaires par an et depuis le début nous en avons vendu à peu près 100 000 exemplaires.

Un jour, à la fnac, je suis tombé sur une table qui ne présentait que des livres sur la PNL (Programmation Neuro Linguistique), il y en avait au moins 15 ou 20. J’ai fait alors le rêve qu’il y ait un jour la même chose pour la PCM. Là aussi, c’est une grande satisfaction, une grande fierté, car maintenant on trouve au moins 15 ou 20 livres sur la PCM. Je suis heureux qu’il y ait toutes ces personnes impliquées qui croient au modèle, et qui apportent leur propre sensibilité.

En 2008, après la sortie du film « Entre les murs », réalisé par Laurent Cantet, et qui a reçu la palme d’or au festival de Cannes 2008 à l’unanimité du jury présidé par Sean Penn, j’ai retravaillé la première édition. J’ai trouvé ce film tellement passionnant que j’y ai consacré un chapitre complet. Ce film magnifique montre les difficultés de communication qu’il peut y avoir entre un enseignant et ses élèves qui sont des jeunes en difficultés. Quand l’enseignant offre le bon canal, la communication s’ouvre et quand il est sous stress il y a de la mécommunication.

Dans la dernière édition, vous trouverez donc mon analyse du film « Entre les murs ». J’ai pensé qu’elle pourrait intéresser le monde de l’enseignement.

3) Philippe : est-ce que le modèle est accessible à tous ? Peut-il trouver des applications pratiques faciles à mettre en œuvre dans notre quotidien ?

Gérard : Il y a d’abord une application très simple. En effet, en général, chacun réfléchit sur lui-même et sur les autres. Le fait de comprendre que l’autre n’est pas forcément un « emmerdeur » mais qu’il s’agit par exemple de quelqu’un de type travaillomane et qu’il est au deuxième degré de stress, c’est comme une révélation. On comprend alors quelque chose qui nous était complétement étranger auparavant. C’est comme la conduite, on apprend à conduire mais on peut toujours apprendre à conduire tout au long de sa vie. En communication c’est pareil, on peut toujours apprendre à mieux communiquer. Cela passe par suivre un stage, suivre une formation, pratiquer, s’entrainer.

Mes petits-enfants, qui ont respectivement 4 et 7 ans, me demandaient récemment : « et moi, je suis quoi ? ». Une enseignante certifiée processcom® enseignait le modèle à des groupes d’enfants âgés de 7 à 10 ans avec une pédagogie adaptée, pour les aider à communiquer avec leurs parents, leurs frères, leurs sœurs, leur copains, leurs enseignants. C’était une expérience très intéressante. Finalement, dès la lecture, on peut commencer à s’approprier certains concepts.

L’homme est beaucoup plus complexe que le modèle, le modèle est forcément et heureusement simplificateur. Il est suffisamment simple pour que même un enfant de 7 ans puisse en comprendre quelque chose.

Philippe : j’en conclu que même une personne certifiée PCM continue de progresser et d’apprendre dans ce domaine tout au long de sa vie.

Gérard : Taibi Kahler est venu au moulin, au mois de mai pour former des masters trainers. J’avais beaucoup à faire et je m’étais dit, je vais juste venir dire bonjour et passer une tête de temps en temps. En réalité, je suis resté l’écouter pendant les deux jours et demi, tellement c’était passionnant. Revenir sur les fondamentaux avec une telle précision et une telle finesse, était un vrai régal. En 25 ans, je pense pouvoir dire que je fais partie de ceux qui connaissent bien le modèle ! Et pourtant, j’ai été complément captivé et j’ai appris des choses. C’est toujours passionnant d’écouter Taibi Kahler expliquer les choses et de temps en temps, on s’aperçoit qu’on n’avait pas vu tel point tout à fait comme lui.

Donc même les personnes certifiées continuent d’apprendre des choses sur le modèle.

4) Philippe : est-il possible de se former seul au modèle PCM ? Par exemple, le lecteur qui achète votre livre et l’étudie, est-ce suffisant pour rendre sa communication plus efficace dans sa vie professionnelle ou personnelle ?

Gérard : Si une personne ne veut pas en faire son métier, je lui déconseille de suivre la formation certifiante. Il s’agit d’une formation exigeante dans laquelle il faut développer les compétences pour enseigner le modèle. C’est un peu comme pour apprendre le piano, il faut faire ses gammes tous les jours pour arriver à bien jouer un morceau. Mais quand le but c’est d’enseigner le modèle alors bien sûr la formation certifiante est complétement adaptée pour cela. Devenir certifié est une démarche adaptée pour quelqu’un qui veut former à la process com.

Si une personne cherche à bien connaître le modèle, je lui conseil de suivre un cycle adapté qui dure 9 jours pour découvrir et se former au modèle. Elle peut suivre ce cycle sur 2 ans, 3 ans, 4 ans en fonction de ses disponibilités.

5) Philippe : J’ai lu dans votre livre que le président Clinton et sa femme Hillary se sont formés au modèle et l’auraient utiliser. Est-ce qu’en France le modèle est utilisé dans le monde politique, sportif, artistique ?

Gérard : Pas à ma connaissance. Tabi Kahler est basé à Little Rock en Arkansas. Bill Clinton a travaillé avec lui lorsqu’il était gouverneur de l’Arkansas. Bill et Hillary Clinton ont suivi le séminaire processcom®.

Comme nous entendons avec notre base, un discours politique doit être construit pour s’adresser aux 6 bases. Un discours politique doit contenir les 6 perceptions. Une offre marketing aussi.

Nous avons des collègues qui travaillent effectivement avec des hommes politiques en coaching mais bien entendu le secret en la matière est très bien gardé. Des personnalités célèbres ont fait leur inventaire de personnalité mais leurs véritables identités ont été masquées.

6) Philippe : le modèle peut-il être dangereux ? Par exemple, certains pourraient-ils l’utiliser à des fins manipulatrices et ainsi nuire aux autres ?

Gérard : vous parlez des pervers et vous savez que lorsque vous avez rencontré des pervers ou si vous avez travaillé avec des pervers, vous avez probablement constaté qu’ils n’ont absolument pas besoin de formation. Le pervers sait intuitivement très bien manipuler, utiliser, faire du mal. On parle beaucoup maintenant du pervers narcissique qui n’a pas besoin d’apprendre pour savoir. Il existe des modèles dramatiques qui sont redoutablement efficaces au niveau de la souffrance.

Je pense que quelqu’un qui s’est formé au modèle, sait que si il ne s’astreint pas au quotidien à une relation gagnant-gagnant, ça ne marche pas. On peut gagner une fois et ensuite on perd à tous les coups.

7) Philippe : Le modèle PCM est un modèle déposé dont les droits sont réservés. Concrètement qu’est ce que cela signifie ? Qu’avons nous le droit d’écrire à son sujet sur internet et qu’avons-nous pas le droit de faire ?

Gérard : C’est très simple, si vous n’êtes pas certifié vous n’avez pas le droit d’enseigner le modèle. En particulier, vous n’avez pas le droit de dire : je vous fait un questionnaire qui va vous donner votre type de personnalité.

Vous avez tout à fait le droit de réaliser une conférence ou animer un atelier sur le sujet pour expliciter ce que vous avez lu, ce que vous en avez retiré mais vous n’avez pas le droit d’enseigner le modèle. Vous avez le droit d’exposer votre fiche de lecture, ce que vous avez extrait du livre, en précisant bien que c’est votre lecture, c’est le résumé que vous en avez fait. Vous avez le droit d’informer mais pas de former.

Si vous suivez la formation pour être certifié, vous aurez tous les droits d’enseigner le modèle à qui vous le souhaitez.

8) Philippe : Pour les lecteurs qui sont intéressés par devenir formateur ou coach certifié, comment ça se passe ? Quelles sont les formules, combien de temps ça dure, comment s’inscrire ? Combien cela coûte ? Est-ce que c’est difficile ?

Gérard : Il s’agit vraiment de deux formations différentes. L’une est pour les coachs, des personnes déjà coachs, formées et certifiées coachs par une école. Elle dure 7 jours. L’autre, de 19 jours, est pour devenir formateur en process communication®.

Vos lecteurs trouveront toutes les informations, en détail, sur le site officiel de Kahler Communication France : www.kcf.fr

Vous y trouverez aussi tous les détails pour faire réaliser votre inventaire de personnalité.

9) Philippe : Mon site philippedouale.com se concentre sur comment s’organiser pour réussir. Réussir à gagner du temps, réussir ses entretiens, réussir à gérer les réseaux sociaux en particulier les réseaux sociaux que sont Viadeo et LinkedIn. Quel conseil issu du modèle PCM pouvez-vous donner à une personne afin de rendre sa communication la plus efficace possible sur son profil LinkedIn ou Viadeo ?

Gérard : Je crois de plus en plus qu’être formé à la process communication peut être un plus sur un CV ou un profil. Nous travaillons d’ailleurs à ce sujet pour décerner une certification par un organisme indépendant qui établira, évaluera les compétences de la personne formée. Nous travaillons à ce que ce soit reconnu et apporte une réelle valeur ajoutée. Le fait d’être formé et de savoir utiliser le modèle, c’est important. Il y a de plus en plus d’entreprises qui ont entendu parler du modèle PCM et je suis convaincu que cela peut être un plus sur un CV.

Sur un profil LinkedIn, il est intéressant de montrer son intelligence émotionnelle. La PCM est un formidable outil de développement de son  l’intelligence émotionnelle.

En effet, la PCM recouvre les 4 champs de l’intelligence émotionnelle (définis par  Daniel Goleman) : la connaissance et la conscience de soi, la gestion de soi, la connaissance et la conscience de l’autre et la gestion des relations.

La PCM permet de bien se connaître, d’avoir conscience de soi et donc d’avoir une bonne gestion de soi. Elle permet aussi d’avoir une bonne connaissance de l’autre, une bonne conscience de l’autre, et une bonne gestion de la relation

10) Philippe : le modèle PCM peut-il être utile à pour trouver son nouveau job ? Par exemple, peut-il rendre quelqu’un meilleur lors de ses entretiens ?

Gérard : Annick Wasmer, coach certifiée a accompagné une personne qui n’arrivait pas à retrouver du boulot et qui finalement s’est fait embauchée. Annick relate dans un article, le témoignage intéressant de comment cette personne a fait pour réussir, quel travail elle a réalisé sur elle avec sa coach et avec la process com®.

Cliquer sur le lien suivant pour lire l’article d’Annick Wasmer : Candidate à Recrutement : « Femme-caméléon » sauvée par son profil Process Com

Philippe : Gérard Collignon, merci beaucoup pour cette interview et d’avoir répondu à nos questions.

 

Gérard COLLIGNON est président de KAHLER COMMUNICATIONS Inc.  Il a commencé sa carrière comme éducateur puis a fait un cursus de Psychologue Clinicien. Il a ouvert un cabinet de psychothérapie à Vernon (27) en 1985 et a organisé un premier séminaire avec Taibi Kahler en mars 1988.  Il s’est ensuite consacré entièrement au développement de la Process Communication d’abord en France puis en Europe et en Afrique. Enfin, en 2014, Kahler communications France a racheté KCI (Kahler Communications Inc.), la société de Taibi Kahler. Kahler France possède désormais les droits mondiaux de la process communication et Gérard COLLIGNON se consacre exclusivement au développement du modèle partout dans le monde.

Il est auteur ou co-auteur de « Comment leur dire … ? », « Coacher avec la Process Com » et « Parlez-vous personality ? »  qui est la traduction/adaptation de Coacher….